Chaleur et sécheresse
03/08/2026
Alors que les incendies de forêt font des ravages en France et en Espagne, que l'alerte orange reste en vigueur chez nous et que même l'Écosse, habituellement si pluvieuse, est touchée par des incendies de forêt, notre jardin souffre lui aussi de cette chaleur et de cette sécheresse persistantes.
En juillet, notre pluviomètre n’a enregistré que 2 mm de pluie. Entre-temps, notre réserve de 12 720 litres d’eau de pluie est déjà complètement épuisée, et on n’est qu’au début du mois d’août. C’est exceptionnellement tôt et ça donne à réfléchir. C’est inquiétant.
On habite à l’orée d’une forêt, dans un jardin naturel avec des arbres, des haies, des buissons, des prairies fleuries et une mare. La majeure partie de nos plantations est composée d’espèces indigènes robustes, parfaitement adaptées à notre sol et à notre climat. Elles devraient donc pouvoir résister à pas mal de choses. Mais que se passera-t-il si ce climat devient de plus en plus extrême, année après année ?
Je vous propose de faire un petit tour dans notre jardin et d'évaluer ensembles les conséquences.
Les sentiers de gazon se sont transformés en un tapis brun. La prairie fleurie ressemble davantage à une prairie jaune, avec encore quelques fleurs ici et là parmi les tiges desséchées. Seule la partie de la prairie que nous avons fauchée fin mai est encore verte.
Le niveau d’eau de notre mare a baissé de plus de vingt centimètres à cause de l’évaporation et notre petite plage peu profonde, très fréquentée, est à sec.
Nos arbustes à baies en prennent plein la figure. Beaucoup de feuilles ont des brûlures de soleil. Les myrtilles ont donné cette année, pour la première fois, une récolte impressionnante, mais les baies se ratatinent sur les arbustes. Les prunes semblent ne plus grossir pour le moment : elles mûrissent à peine et tombent prématurément par terre. Heureusement, les pommes et les raisins s’en sortent mieux.
Dans le potager, la production de tomates, de courgettes et de courges bat son plein, mais à condition d’arroser régulièrement… Les plantes aromatiques, elles aussi, se sentent clairement chez elles dans cette chaleur. En revanche, pas mal de plantes annuelles ont déjà fini de fleurir. Elles ont formé des graines plus vite que d’habitude pour survivre à la sécheresse. Les roses trémières et les onagres, qui fleurissent normalement abondamment pendant des semaines, ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes.
Les haies tiennent bien le coup, même si certains noisetiers sont déjà en mode automnal. Par endroits, on voit apparaître des branches desséchées et les feuilles des cornouillers pendent mollement. C’est la partie boisée qui semble la plus résistante, et notre coin ombragé avec ses fougères et ses joncs des champs reste aussi remarquablement frais.
Le tableau est donc contrasté, avec des gagnants et des perdants évidents.
Pour les plantes elles-mêmes, ce n’est pas forcément dramatique. En cas de sécheresse prolongée, elles passent en mode survie. Elles ferment leurs stomates pour limiter la perte d’eau, poussent plus lentement, produisent moins de nouvelles pousses et entrent plus tôt en dormance estivale. Beaucoup d’espèces fleurissent moins longtemps et produisent plus vite des graines. Elles attendent, en quelque sorte, des jours meilleurs.
La plupart des plantes vivaces, grâce à leur système racinaire profond ou à leurs graines, repousseront dès qu’il y aura suffisamment de pluie. D’autres espèces s’affaiblissent et deviennent plus sensibles aux ravageurs, aux champignons et aux maladies. Les jeunes arbres et arbustes sont particulièrement vulnérables, car leurs racines ne sont pas encore assez profondes.
Mais le plus gros souci est ailleurs. À cause de la sécheresse, beaucoup de plantes vivaces fleurissent plus tôt et pendant moins longtemps. Elles produisent moins de fleurs, qui sont en plus plus petites, ce qui fait aussi baisser la quantité de nectar et de graines. Certaines plantes bisannuelles sautent même une année de floraison complète.
Ça a de lourdes conséquences pour les pollinisateurs. Les abeilles, les bourdons, les papillons et plein d’autres insectes dépendent du nectar et du pollen pour se nourrir. Notre période de floraison, qui s’étend normalement de mars à octobre, sera probablement plus courte de plusieurs semaines cette année. Les sources de nectar se tarissent tout simplement bien plus tôt. Alors que les autres années, on avait encore des fleurs jusqu’à la fin octobre, je m’attends à ce qu’il ne reste plus grand-chose en fleur début septembre. Et les insectes, c’est bien connu, constituent la base de toute la chaîne alimentaire. Moins d’insectes, ça veut dire au final moins de nourriture pour les oiseaux, les petits mammifères, les amphibiens et les autres insectivores.
Malheureusement, on le remarque aussi dans les centres d’accueil pour animaux. Chez CREAVES Andenne, où je suis bénévole depuis quatre ans maintenant, nous battons encore une nouvelle fois des records cette année. On n’a jamais reçu autant de jeunes oiseaux. Les hirondelles et les martinets sautent en masse hors de leurs nids parce que la chaleur sous les tuiles devient insupportable. En plus, on voit de plus en plus d’animaux affaiblis qui ne trouvent pas assez de nourriture ou qui souffrent de la chaleur.
L’assèchement des mares, des canaux et autres points d’eau pose aussi un problème de plus en plus grave. Les amphibiens, en particulier, sont très vulnérables à cause de ça. Lors de la vague de chaleur du mois de mai, on a recueilli environ 75 animaux en une seule journée. C’est du jamais vu.
Un jardin naturel est généralement bien plus résistant qu’un jardin aménagé de façon classique. La grande diversité de plantes, d’arbres, d’arbustes et de microclimats différents rend ce type de jardin plus résistant aux conditions extrêmes. Mais même cette résilience a ses limites quand la chaleur et la sécheresse durent des semaines.
On vous propose quelques conseils pour rendre votre jardin plus résistant aux aléas climatiques :
- Limiter les surfaces imperméables pour permettre une infiltration maximale de l’eau de pluie et récupérer autant d’eau de pluie que possible. Alors qu’autrefois, une citerne de 10 000 litres suffisait, cela s’avère aujourd’hui insuffisant pour de nombreux jardins.
- Prévoir des zones humides, comme une mare ou un jardin de pluie. Si vous n'avez pas la place, même une petite mare ou un bac à eau avec quelques pierres peut déjà faire toute la différence pour les oiseaux et les insectes.
- Créer des abris frais avec des tas de branches, du bois mort, des tas de pierres ou du compost de feuilles dans des endroits ombragés. Ces endroits retiennent l’humidité longtemps.
- Créer une mosaïque de biotopes avec du soleil, de la mi-ombre et de l’ombre. Les arbres, les arbustes et les haies favorisent non seulement la biodiversité, mais apportent aussi de la fraîcheur.
- Laisser pousser l’herbe plus haut à certains endroits. Une combinaison de pelouse, de zones plus sauvages et de prairies fleuries retient mieux l’humidité et crée différents habitats.
- Planter et semer de préférence en automne. Les plantes peuvent ainsi développer un système racinaire solide pendant l'hiver.
- Limiter le nombre de plantes en pot, car elles demandent beaucoup d’eau en plus pendant les étés secs.
- Arroser uniquement les nouvelles plantations s’il ne pleut pas. Dans les grands jardins, il est impossible et souvent inutile d’arroser partout.
- Ne laissez jamais le sol nu. Le paillis et le compost limitent l’évaporation et améliorent la vie du sol.
- Opter autant que possible pour des plantes indigènes et à racines profondes. Les plantes méditerranéennes et certains arbres adaptés au climat s’en sortent aussi très bien.
Chaque été sec nous rappelle à quel point la résilience est importante. Aucune espèce végétale, aucun arbre, ou aucune solution ne suffira à elle seule à rendre nos jardins résistants au changement climatique. C’est justement dans la diversité que réside la force. Un jardin avec des arbres, des arbustes, des prairies fleuries, une mare et une grande variété de plantes résiste bien mieux aux extrêmes qu’un jardin composé uniquement de pelouse et de quelques plantes ornementales. On ne peut pas changer le climat depuis notre jardin, mais on peut l’aménager pour qu’il résiste mieux à ce qui nous attend. Et en même temps, on offre ainsi à des milliers de plantes et d’animaux un endroit où ils pourront survivre, même pendant les années difficiles.
Nous attendons maintenant la pluie avec impatience. Car aussi résilient soit-il, un jardin naturel à lui aussi besoin, de temps à autre, d’une bonne pluie pour retrouver toute sa vitalité. Pourvu que le ciel nous ouvre enfin ses vannes!
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